TC-Val - Récits de course

Jean-Yves Baron finisher de la Diagonale des Fous le 21 Octobre 2018 !

Mise à jour le Dimanche, 28 Octobre 2018 21:59

Bonjour à tous,

Désolé de ne pas avoir communiqué avant, mais ce qui se passe autour de moi depuis 5 jours, c'est du délire total. J'ai reçu environ 1500 SMS, un peu plus de 1000 mails, sur boites perso et pro. Je passe sur Canal+ pendant 1h, je fais la une de toute la presse de la Réunion, je reçois en permanence des invitations sur Linkedin et Facebook... Plus de place....
Enfin tout ça pour dire que je suis finisher de la Diagonale des Fous 2018 (trail de 165km en 66h). Et je vous garanti que pour moi elle porte bien son nom. Voici un petit résumé de tout ce qui s'est passé à peu près.

Départ Mardi : Initialement, je devais partir avec Pascale : pas possible à cause du travail.
Partir avec Margaux : pas possible car obligation pro dernière minute. Donc départ tout seul.

1er problème: Arrivé à l'aéroport de Rennes pour liaison Paris : vol annulé. On me propose de partir 2h après direction Bordeaux, puis à Bordeaux je devrais avoir un avion pour Paris mais dans la nuit. Puis en début de matinée suivante un vol de Paris vers la Réunion. Je refuse et je pars à Paris en voiture.

2ème problème : Arrivé à Orly on m'a carrément supprimé mon vol. Plus de place, vous comprenez en ce moment c'est la Diagonale des fous à la Réunion, et les avions sont surchargés. Et bien ça tombe bien patate, j'y participe à la Diagonale, enfin si Air France veut bien me redonner mon billet initial, ce qui est fait après quelques excitations verbales.

Arrivée à Saint Denis : Nickel, bien reçu, organisation présente et très sympa. Je prends le bus pour me rendre en ville et récupérer le studio que j'ai loué seulement pour 2 nuits parce que je n'ai aucune idée du temps de course réel que je vais mettre, il faut donc gérer la valise pendant mon périple. Facile, le proprio a l'air sympa il va m'arranger ça.

3ème problème : Pas de bol le propriétaire doit retourner en France pour le weekend, et le studio est loué le reste de la semaine. Bon allez pas grave Tom Cruise a toujours une solution improbable de dernière minute ??? De toute façon je verrai cela demain il faut se reposer un peu et essayer de s'acclimater à cette chaleur humide qui vous plombe les épaules. Je transpirai comme un cochon !!

Le lendemain matin départ en bus pour rejoindre le sud de l'île, point de départ et de retrait des dossards.

4ème problème : J'arrive à la gare centrale ??? Pas de bus ??? Je vais voir un technicien qui me dit : "Si si, il arrive mais tout à l'heure. Bref 1h après le voilà qui arrive pris d'assaut par des coureurs étrangers pas très sympas, et bibi il reste sur la plateforme, car le bus c'est un 12 places !!! Bravo les transports en commun de la Réunion.
Au final, je récupère le bus suivant, lever 6h30 pour arriver au poste de retrait des dossards à 11h30, et sous 35 degrés. Magnifique !!!
Mais je reste cool quand même, c'est un peu exotique, la pilule passe un peu mieux. Je récupère enfin le dossiers, les maillots, casquettes, etc... Canal+ est là pour la première année, grosse ambiance, parfait.

Je rentre en milieu d'après midi, fatigué par être resté debout mais ça va, je commence à sentir la course, les gens , l'ambiance, ça monte un peu, ça fait du bien !
Mais toujours pas réglé le problème de la valise. Merde je ne vais pas courir avec ???

5ème problème : Le jeudi matin, je repars en bus direction l'aéroport, ils ont bien des consignes à l'aéroport ?? Ah non monsieur, y a pas de consigne ici, rien à l'aéroport !!
Là ça sent bon la galère, il me reste 3h avant de prendre le bus pour aller sur la ligne de départ. Il y a en face de la sortie principale un stand de l'office du tourisme, dernier recours. Une personne très sympa appelle plusieurs hôtels qui refusent de garder la valise. Dernière possibilité Internet, et là sauvé par le gong, il y a une application de consigne de bagages sur le net à la Réunion, une sorte de Airbnb de la valise et me voilà sauvé pour ce coup là !
Maintenant, il faut courir reprendre le bus avec toutes les affaires, les sacs de rechange, etc... Magnifique !!!
Je vous passe le transport, l'ambiance au départ qui était énorme, vraiment, jamais entendu un tel bruit, une telle ferveur, le Grand Raid comme ils disent, c'est un peu le Graal pour eux..

La course :

1. En ce moment il y a une épidémie de dengues, à la Réunion, et devinez quoi ??
Et bien les moustique y vont chier sur les bananes, et Jean-Yves au début manger bananes.
Mais très vite vomit bananes aussi. Et donc après 100 bornes sans pouvoir avaler un truc et ne pas vomir. Apparemment, il y aurait eu un nombre importants d'abandons liés aux vomissements et la diarrhée. Ca va être régime Coca et oranges toute la course.

2. Arrivé à peu près à 90/95kms, une averse violente d'environ 15min, alors là tout trempé, le mec, les fringues, les chaussures, les chaussettes, pourtant il fait très chaud, c'est la nuit noir, tellement noir. A merde plus de frontale, il faut changer les piles. Ah ou,i mais les piles de rechange elles font floc.. floc.. dans le sac à dos, car Jean-Yves il n'a pas bien fermé son petit étui plastique !!! Encore une merde ! Comment je fais pour repartir, une seule solution, l'application lampe torche de mon téléphone. Allez Mike Horn sort de ce corps !! Donc je me suis cogné une trentaine de bornes avec le téléphone dans la main gauche, et le bras pour écarter les branches, et éviter les cailloux. Comme je demandais à tous les ravitos si quelqu'un avait des piles de rechange, j'ai fini par en trouver un, mais il m'en a donné deux alors que ma frontale en compte 4. Mais c'est pas grave, Forest, il court, il est content, il voit rien, il se casse la gueule régulièrement, mais il approche de la 1500ème place, score très ambitieux mais qui me laisse de la réserve en cas de problème.

3. A près près au 110/115km je pense dans la grande descente de Cilaos, en pleine nuit dans une courbe, je perd l'équilibre et là je tombe un mètre plus bas sur un petit arbuste. Et là la trouille de ma vie !! Mon bras droit tient une racine que j'ai chopé dans la chute, et j'essaye doucement de monter mon bras gauche pour m'agripper plus, mais je sens qu'à chaque fois que je fais cela mon corps lui descends d'un cran, comme si l'arbuste allait lâcher, une concurrente arrive catastrophée, elle m'attrape le bras et crie "Au secours, je ne vais pas pouvoir tenir longtemps, il va tomber !!!" Heureusement une baraque arrive à ce moment, il prend un bon appui avec son pied sur un rocher et me sors de là. Ils m'ont demandé si j'allais bien et s'ils pouvaient repartir, j'ai dit oui, mais je suis resté en fait assis pendant 5min à me demander ce que ce serait passé s'ils étaient arrivés un peu plus tard. A partir de ce moment là, j'ai vraiment calmé le jeu, j'ai descendu tout cool, parce que bibi il avait la trouille.

Le jour se lève enfin, c'est la dernière journée quoiqu'il arrive maintenant. C'est pas compliqué, tu marches ou tu meurs. Chemin des anglais !! Alors là chaud patate, la partie la plus difficile de la course, courir pendant des heures sur des pierres volcaniques glissantes, dans tous les états ou le risque d'entorse et de chute est majeur. C'est décidé, j'envoie un message à Margaux, je viens de passer une nuit trop difficile, j'ai 3h de course devant moi dans des conditions hyper dures, j'abandonne !! Je m'assois sur un cailloux, et là tu refais ta vie quoi, tu réfléchis bien avant de prendre ta décision, et pleine conscience, mais abandonner un challenge comme celui là ça fait mal. Je ne peux pas abandonner, c'est pas possible, il va forcément y avoir un signe un moment donné, tout est contre moi, comme si quelqu'un quelque chose voulait que je ne termine pas cette course !! Alors pour faire chier je vais la terminer, et je vais même faire plus fort je vais essayer de finir dernier !!
Jamais de ma vie je n'aurai pensé finir dernier d'une course avec autant de plaisir, c'est magnifique d'être dernier en fait. Car à partir du moment ou je me suis mis cela en tête le moral est revenu, les jambes un peu aussi, mais par contre très mal au dos à cause de la chute, et là impossible de me mettre droit, mais je dois y arriver quand même. Je passe les deux dernières barrières 45' avant la fermeture, y a pas de soucis ça va le faire !!

Et c'est là que commence la folie réunionnaise.

A peine franchie la dernière barrière horaire, à 14km de l'arrivée, plusieurs personnes de l'organisation me rejoignent, m'arrêtent, et me lisent le règlement. Jean-Yves, quoiqu'il arrive maintenant, vous serez finisher du Grand Raid de la Réunion. Vous allez normalement terminer dernier, mais seulement et seulement si vous terminez cette épreuve sans assistance et dans le délai imparti de 16h au stade de la Redoute. Une équipe va vous accompagner pour éviter tout problème, un kiné, un ostéo, 3 pompiers et un professionnel du trail qui va vous donner quelques conseils dans la descente. Il y aura aussi au fur et à mesure de la descente de plus en plus de photographes, de journalistes, et de supporters pour vous accueillir alors faites votre possible pour rester calme, car vous allez voir ça fait drôle ???  
Tu m'étonnes que ça fait drôle, pendant 1h des journalistes sans cesse à poser des questions avec leurs micros, téléphones portables, le caméraman de Canal+ qui courait en arrière dans la descente.
Et l'arrivée au stade, énorme, des gens partout, qui crient Jean-Yves dans tous les sens, qui veulent me prendre en photo, je suis accueilli par les deux vainqueurs totalement ébahis, François D'Haene qui me dit "Tu te rends pas compte que nous on a même pas eu la moitié de ça à notre arrivée, c'est du délire total".
Ensuite je passe la ligne d'arrivée, il y a des photographes partout, c'est absolument dengue !!

Mais....... ce n'est pas fini !!

On me fait passer à l'infirmerie, pour des tas de contrôles, prise de sang etc.. tout va bien, vous pouvez sortir. Il va être temps parce bibi, il a toujours pas son maillot finisher, qu'il réclame, ni sa bière. Je vais m'acheter une bière, je m'assois, et là un coureur en face de moi me dit "tu sais qui je suis ??" Non désolé ? Et bien je suis l'avant dernier, celui qui a passé la ligne d'arrivée 20min avant toi dans l'anonymat le plus total. Et là ça m'a fait tout bizarre !! Je lui ai payé une bière et on a fait copain. Mais pas le temps d'attendre car un journaliste réunionnais me demande au micro pour rejoindre la salle d'interviews. Et là bibi recommence à expliquer sa course et répondre aux questions. Soudain, oh merde il est l'heure, il faut que je reprenne le bus direction l'aéroport.
Ah oui mais là Jean-Yves c'est autre chose ! Les sirènes vont résonner dans Saint Denis en votre honneur ce soir, la Sécurité Civile va vous emmener escorté par des motards pour ne pas rater votre avion. Magnifique, ça roule à gauche à droite, et me voila à l'aéroport accueilli comme une star, les gens qui veulent me prendre en photo, des enfants, je ne comprends rien c'est du délire total.
Mais c'est pas tout !!

A peine monté dans l'avion, une hôtesse de l'air m'appelle par mon prénom, et me dit "Jean-Yves, le commandant de bord voudrait vous féliciter et vous proposer quelque chose ?" Oh putain, c'est quoi encore que cette histoire ? Et là, il me dit Jean-Yves si vous voulez vous venez en cabine de pilotage avec mon équipage et vous allez faire le décollage avec nous, vous aurez juste à appuyer sur un bouton, mais vous serez aux premières loges. Eh ouais, Jean-Yves Baron, fait décoller un Boeing 757 avec 300 passagers à bord. Une expérience extraordinaire de jeu vidéo.

J'ai regardé la presse de la Réunion aujourd'hui je suis à la une de tous les journaux.

UN TRUC DE FOU
Alors elle est pas DENGUE cette diagonale !!!
A ce tarif là, je veux bien terminer dernier une fois tous les dix ans..................

   

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